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septembre 2016

El Grito, retour en interview sur leur traversée de l’Amérique du Sud en moto

Chez Mono 500, nous aimons les aventuriers. Lorsque Tanguy et Théo nous ont contactés pour préparer leur traversée de l’Amérique du Sud sur des Royal Enfield, c’est avec plaisir que nous leur avons offert toute l’assistance dont ils avaient besoin.

Aujourd’hui de retour en France, ils reviennent avec nous sur un voyage qui a coup sûr, va changer le reste de leur vie.

-En quelques mots, qui sont les Gritos ?
On a tous les deux 24 ans et potes depuis longtemps ! Nos chemins se sont croisés dès le lycée à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), où Tanguy débarquait tout juste de Malaisie, puis nous avons poursuivi un même Bachelor en Commerce International à l’ESSEC Business School. Une amitié qui s’est donc forgée avec le temps, mais également à travers différents voyages, notre passion pour la moto, la musique et les cultures sud-américaines !

-Quel a été le déclencheur de cette envie de baroude ?
Un rêve d’enfance… qui a pris plus d’ampleur suite à notre séjour universitaire de 8 mois au Mexique en 2012. Nous sommes tombés sous le charme de la culture latine, ses traditions, son histoire, ses fêtes, son altruisme… De retour en France, on était vraiment sur le cul de notre expérience là-bas, ça nous avait fait grandir indéniablement et, surtout, nous a donné envie d’y retourner et de découvrir, par extension, tout le continent d’Amérique du Sud !
Alors on a créé un projet qui mettait la barre assez haut, on en avait tellement rêvé de ce voyage… L’idée était de faire cette traversée à moto, avec une moto de caractère… On se décide alors de se lancer le défi de rejoindre les deux bouts du continent sur la mythique Royal Enfield : 25 000 km de traversée, let’s hit the road Grit’ !!!

-Pourquoi à moto? Pourquoi la Royal Enfield?

Conduire une moto en ville, c’est déjà bien. Alors, imaginez-vous traverser la Patagonie argentine au guidon de votre bécane, la truffe au vent, l’esprit inoccupé, en écoutant « Readhouse Blues » des Doors… et là ça devient sensationnel !

Si on essaye de mettre des mots, ce serait… une douce sensation de liberté qui mêle adrénaline et émerveillement. Rouler à moto c’est vivre libre, pouvoir aller ou d’autres véhicules terrestres ne vont pas, s’arrêter où l’on veut et quand on veut, sans gêner, et prendre le temps d’admirer le paysage… Sans barrière ni carrosserie, la position est idéale pour rencontrer l’autre, et c’était la mission principale de notre projet ! 😉

Gabriel, un ami en devenir à qui nous avons acheté une des deux bécanes, nous avait partagé cette citation : « 4 wheels moves the body, 2 wheels move the soul ». Je crois qu’elle résume parfaitement l’état d’esprit.
Et avec la Royal Enfield, toutes ces sensations sont démultipliées. Une bécane que l’on peut emmener partout, entre terre et boue, cailloux et neige, la faire grimper à 5000 m comme lui faire prendre un petit bain dans la rivière, elle sera toujours là à la fin. Une moto qui nous immerge parfaitement dans le décor, avec une belle exposition à la nature, tout se fait ressentir, le froid, la chaleur, les vents… Couplé avec le ronronnement du monocylindre, c’est un vrai régal !
Sur le plan mécanique, elle ne demande pas beaucoup d’entretien, mais il ne faut jamais la lâcher de l’œil ce qui fait aussi le plaisir du voyage, pouvoir bricoler dessus le temps que les saucisses cuisent… En somme, traverser un continent à dos de Royal Enfield, c’est assez rock !!!

-Quels sont les thèmes autour desquels vous vouliez voyager?

Nous avons préparé ce projet sur toute l’année 2015 en souhaitant lui attribuer une forte dimension culturelle. Et notamment à travers l’idée du motojournalisme, où l’objectif est de découvrir les cultures à travers l’expérience de la moto et de les partager avec des reportages vidéo, photo et des captations sonores ! Une sorte d’épopée de reporter… à moto !

D’un côté, nous avons réalisé de petites vidéos visant à partager les paysages hors du commun du continent. De l’autre, des interviews diverses et variées : nous nous sommes intéressés au continent du point de vue des communautés natives comme les Quechuas, les Mapuches ou encore les Yaneshas avec qui nous avons participé aux récoltes de café, de blé ainsi qu’à la pêche. Nous avons également interviewé des personnes rencontrées par hasard sur notre parcours (chez le coiffeur, dans une station essence, un marché, etc.).

L’idée d’El Grito est de partager leur quotidien pour découvrir et partager d’autres manières de vivre ! Nous terminons en ce moment même la production de nos derniers reportages, à suivre sur Facebook et sur www.el-grito.org !

-Comment avez-vous financé, organisé votre expédition? Qui vous a filé un coup de main pour rendre cette aventure réalisable?

Nous avons cherché à intégrer des entreprises, des particuliers et des institutions publiques qui pouvaient être intéressés par la dimension culturelle et sportive, l’aventure humaine et les challenges liés à la moto… Un travail excitant qui nous a permis d’une part de recevoir des apports financiers et matériels, et d’autre part de donner au projet une ampleur et visée intéressante.

Nombreux ont été ceux qui nous ont aidés à réaliser ce projet. Un des 1ers étant bien entendu l’agence Mono 500 ! Gauthier et Yves, nous ont filé un sacré coup de main essentiel au voyage : la préparation des motos, la mécanique à embarquer, l’itinéraire des pistes à ne surtout pas manquer, la révision complète des bécanes dans leurs garages… et un super accueil chez eux en Argentine et en Équateur. Guillaume de chez Tendance Roadster, la 1ere concession de Royal Enfield en France, nous a aussi beaucoup aidé sur la construction du projet et nous a offert toutes les pièces mécaniques pour le voyage. Kytone, Helstons, DMD, Zulupack, Vintage Motors, LoneRider, nous ont habillés et équipés de la tête au pied avec style ! Étienne de chez MotoMagazine avec qui nous préparons un bel article pour le hors-série 2017. GoPro et Acer qui nous ont aidés avec du matériel pour notre communication. EasyMovie qui nous a aidés à monter notre 1er épisode sur le Chili. Sixième-Son, l’entreprise dans laquelle Théo travaillait, qui nous a aidés financièrement et sur la création d’un générique musical d’intro et de fin pour nos épisodes ! Les mairies de Rueil et Suresnes qui ont aussi contribuées financièrement au projet et à sa construction, et tous nos amis et familles par le biais d’une campagne participative. On en profite pour tous vous remercier chaleureusement, vous avez été sacrément géniaux !

-Quels étaient les plus gros challenges selon vous avant de partir, au final, qu’elles ont été les réelles difficultés?
Je pense qu’on était à mille années-lumière de savoir ce qui nous attendait réellement là-bas, on avait lu des forums de motards avant de partir pour aiguiser notre équipement et le tracé que l’on allait suivre, mais finalement tout s’est vraiment joué sur place ! On savait qu’on allait en chier à des moments, et on se demandait surtout si les motos allaient tenir aussi longtemps… et elles ont tenu !

Le premier challenge était de trouver 2 Enfield en état pour ensuite les préparer (création et installation des supports bagages, crashbars, protèges carter, etc.). Ensuite, légaliser notre achat n’a pas été une mince affaire : on a dû trouver une personne de nationalité chilienne pour légaliser notre statut (en draguant une nana dans un bar !), puis une dizaine d’aller-retour chez le notaire nous ont été nécessaires pour enfin décoller de Santiago du Chili direction Ushuaïa !

salar-de-uyuni-bolivie-2Concernant les difficultés réelles, on s’est aperçu rapidement que la constance physique et mentale présentait forcément un autre visage dans la réalité : 7 mois de moto non-stop sur ces routes-là demandent un vrai travail d’endurance, et on pèse nos mots ! 😉

Plus robuste donc fut le défi moto, car nous ne nous attendions pas à traverser autant de difficultés en altitude comme le froid, la neige, le manque d’oxygène, le passage de rivières ou de pistes rocheuses !

Mais de toute façon on ne voulait pas « s’attendre à quelque chose » particulièrement par ce que dans ce genre de voyage où rien ne se passe véritablement comme prévu !

-Quel souvenir (1 par pays) garderez-vous en tête? Un coup de cœur?

Au Chili, la route de Puerto Natales jusqu’à Torres del Paine, en pleine Patagonie chilienne, avec un vent pas possible : tu es le point de détail d’une vaste peinture où se mêlent des couleurs ocre, orange, blanche et toi tu traverses ses paysages, seul sur la route, entourée de guanacos et survolée par les condors des Andes, tu sens réellement l’immensité et l’hostilité de la nature à tes côtés, le bout du monde est proche !

En Argentine : y’en a pleins ! C’est un pays dingue ! Mais en visant large notre coup de cœur est la région de Salta, parce qu’à moto c’est vraiment le pied ! Sur asphalte ou sur piste, on est en permanence entouré de paysages hors du commun : des roches rouges parfois violettes, avec de la végétation ou parfois des zones plus que désertiques ! On a suivi la route 40 quelques jours, on était fou ! Puis en direction d’Atacama on a passé le col d’Acay, un des cols les plus hauts des Andes accessibles par la piste ! C’était grandiose ! On comprend maintenant pourquoi Mono 500 est à Salta maintenant ! 😉

salta-cafayateEn Bolivie : Le salar d’Uyuni et la sensation de rider sans fin, sans limites sur un interminable désert de sel ! On a même tenté la luge tractée par moto là-bas !

Au Pérou : Les routes en direction de Lircay, sur de l’asphalte tout neuf dans une multitude de lacets au cœur des Andes verdoyantes à 3 000 mètres d’altitude ! Une sensation unique de solitude en traversant les différents flancs de montagnes pour finir dans un village caché entre troupeaux de lamas, vigognes et moutons pour rencontrer une communauté quechua étonnante de partage et de sympathie avec qui nous avons vécu quelques jours !

lircay-quechuas-perouEn Équateur, petit pays, mais puissant dans son potentiel géographique ! Avec le triptyque montagne-jungle-océan c’est toujours une découverte et tu passes de l’un à l’autre en quelques heures, et ça, c’est vraiment une sensation exceptionnelle ! On a fait en 1 journée 4000 mètres de dénivelé depuis le lac du Quilotoa, avec un bonnet, jusqu’à la côte en passant par la jungle, et ses 35 °C !!

La Colombie, une population vivante, des paysages tropicaux également où l’on a traversé de nombreuses pluies tropicales ! Le meilleur souvenir : l’arrivée à Bogota après 5 jours sans s’arrêter à travers les montagnes et les villages farcs ! Tout ça pour regarder la finale des bleus à l’Euro… et on connaît la suite !

– Quelle mentalité représente le plus la mentalité d’Amérique du Sud?

Globalement ce sont des mentalités beaucoup plus vivantes, et si l’histoire de ses populations, beaucoup plus récente que celle du vieux continent, a été entachée par des guerres et des dictatures militaires, leur lien commun aujourd’hui réside surement dans leur enthousiasme naturel au quotidien, et ne voyait pas de niaiserie là-dedans ! Un Sud-Américain a également un amour inconditionnel de la famille et une grande fierté pour sa patrie. Ici le chauvinisme ne crée pas d’amalgame ! 😉

– Vous avez choisi la Royal Enfield pour faire plus de 25.000 km de routes et de pistes en tous genres, vos bécanes ont tenu le coup ou vous avez passé vos soirées à les bricoler? Recommanderiez-vous cette moto pour voyager?

C’est vrai qu’en 8 mois nos motos ont eu la vie dure, et on a évidemment eu des petites bricoles à réparer, des vis à resserrer, mais on n’a jamais eu de graves problèmes !
Là-bas, les routes ne sont pratiquement jamais les belles lignes asphaltées que nous avons en France : plus écorchées, elles sont aussi moins bien entretenues et on trouve encore souvent des pistes sur des voies principales de circulation (notamment en Patagonie). Les motos ont passées toutes ces épreuves !

ruta-40-abra-del-acayBien sûr ! On recommande cette moto pour voyager, car elle est pratique en plus d’avoir du style : elle est fidèle dans le temps, super maniable – une GS par exemple ne passe dans les montagnes rocheuses qu’on a pu faire en Bolivie par exemple – se répare facilement avec son moteur ouvert et surtout elle inspire tous ceux qui croisent sa route ! 😉

– Vous venez de terminer votre voyage, qu’en avez-vous retiré

Une compréhension beaucoup plus pertinente d’un continent unique qui partage la même langue, mais où chaque pays est fort d’une histoire, une culture et d’un mode de vie distinct. En tant que français, on a compris également comment les idées françaises ont pu être une source d’influence pour ces cultures à partir de la Révolution française : les idées des Lumières dans ses valeurs démocratiques comme dans le système éducatif avant-gardiste de l’époque. Il y a vraiment une bonne image de la France partout sur le continent. D’ailleurs bon nombre de ces populations ont appris le français en seconde langue jusqu’à la génération de nos parents !

On a rencontré un état d’esprit beaucoup plus facile à vivre, plus souriant que ce que l’on connait en Europe, une simplicité de vie et un enthousiasme qui font beaucoup réfléchir ! Et puis toutes les personnes que nous avons rencontrées… ce sont finalement ces relations courtes, mais intenses qui ont façonnées et données du sens à cette belle expédition !

-Et maintenant que vous êtes de retour à la vie normale, quel nouveau projet vous titille?

Déjà, on va continuer sur le projet El Grito, finir les reportages et surement faire une exposition ! On a énormément de contenus qu’on a envie de mettre en valeur et montrer ici en France ! Ensuite, Tanguy va reprendre un master en Urbanisme et Immobilier tandis que Théo va suivre sa voie dans la communication et l’audiovisuel, et surement le documentaire !
Question moto, toujours en Enfield, s’attaquer à la France beaucoup plus (quand même !), l’Espagne et le Portugal aussi ! Puis préparer un autre grand voyage… l’avenir nous le dira !

LES SAINTS PATRONS DES VOYAGEURS

Bien calé sur votre cheval d’acier, vous filez à un rythme infernal en direction de la Bolivie…

Soudain un souffle énorme vous ébouriffe, un frisson vous traverse, vous venez de vous faire dépasser par un monstre de la route argentin, un autocar à double étage lancé à 150Km/h.
A peine remis de vos émotions, vous vous rendez à l’évidence, la route offre sa dose d’adrénaline….et de dangers. Il est grand temps de se tourner vers les saints patrons des voyageurs : la Difunta Cor­rea et le Gauchito Gil.

La religion est fortement ancrée en Argentine, et mélange souvent anciennes croyances et catholicisme. Et comme souvent en Amérique du Sud, elle se retrouve partout, tout le temps, et surtout au bord des routes, où se dressent des autels à la gloire des Saint-Patrons des voyageurs.

La Difunta Correa

1280px-Imagen_de_la_Difunta_CorreaFigure locale vénérée dans toute l’Argentine, la Difunta Correa est une icône incontournable. Dans toutes les provinces du pays, des sanctuaires à son effigie sont élevés sur le bord des routes.

La légende prend place dans l’Argentine du 19ème siècle, à l’époque troublée des guerres d’indépendances. Le mari de la jeune Déolinda, enrôlé dans une armée, part en campagne à travers la cordillère des Andes. Sa femme, soucieuse de son sort, décide alors de le suivre dans son périple avec son nouveau-né. Elle marche jusqu’à l’épuisement et trouve la mort, assoiffée, son bébé contre la poitrine. Plusieurs jours plus tard, des muletiers retrouvent le corps sans vie de la jeune femme alors que le nourrisson, bien vivant, continuait de téter sa mère…

Traditionnellement, on dépose dans les temples des bouteilles d’eau en offrande, afin d’étancher la soif de la défunte. Le sanctuaire de Vallecito, qui comprend aujourd’hui près de vingt chapelles, est devenu un véritable village où un million de personnes se rendent en moyenne chaque année.

Gauchito Gil, un faiseur de miracles à la dégaine rock’n’roll

autel-gauchito-2Partout en Argentine on trouve le long des routes de curieux petits temples rouges. Ceux-ci arborent ostensiblement de grands drapeaux rouges qui célèbrent la vie de ce saint païen qui vécut au 19ème siècle dans la prov­ince de Corrientes. Les voyageurs s’y arrêtent pour prier et lui rendre grâce pour ses supposés miracles. En guise d’offrandes ils déposent des objets de couleur rouge, comme des paquets de cigarettes, des vêtements ou des bouteilles de vin.

autel-gauchitoLa légende raconte qu’il fut recruté pour combattre dans la guerre contre le Paraguay avant de déserter et d’être pourchassé. Quand on le captura, il cria à son bourreau : “ Ne me tue point, il va arriver une lettre qui prouve mon innocence. Tu apprendras que ton fils est mourant et lorsque tu seras près de lui, tu dois prier pour moi pour qu’il soit sauvé. Aujourd’hui, tu vas répandre le sang d’un innocent ”. En arrivant chez lui, l’homme trouva son fils malade, il invoqua le Gauchito Gil et son fils fut miraculeusement guéri.

A cette époque, le gauchito était déjà populairement connu pour être une sorte de “ Robin des bois ” combattant les riches propriétaires terriens à la défense des paysans les plus modestes. Converti en Saint populaire, il est désormais représenté sous les traits d’un gaucho au foulard rouge.

Nos mécaniciens

Chez Mono 500, nous avons nos propres Saint-Patrons, a qui nous rendons hommage chaque jour. Simon, Nico, Walter et Richard.
Nos chers mécaniciens accompagnent nos voyageurs sur les routes pour s’assurer qu’ils roulent en sécurité et que les seuls frissons qu’ils auront seront ceux provoqués par les paysages à couper le souffle.

Changer un carburateur en plein désert, nettoyer les motos pendant des heures pendant que d’autres dorment, les miracles ils en font tous les jours.
Merci à eux !

Walter-th Nico-th Simon courrier, chef d'atelier et guide Richard-th