HORS PISTE SUR LE HUITIÈME CONTINENT

Yves a deux passions, le voyage à moto et les grandes aventures humaines. Alors qu’il a déjà promené ses crampons aux 4 coins du monde, l’île rouge le rappelle toujours irrésistiblement. Quand il a besoin d’oxygène, Yves loue une moto, fait le plein du réservoir et se laisse porter par la douceur de vivre de cette terre chaleureuse où l’aventure et les rencontres sont toujours de la partie… Rencontre.

Propos & images d’Yves V.

Qu’est ce qui t’a décidé à poser tes roues à Madagascar ?

Madagascar me trottait dans la tête depuis une quinzaine d’années. Entre temps, j’ai pas mal voyagé, toujours dans le même état d’esprit, seul ou en comité très restreint, sans trop de préparation, surtout à moto et parfois en mobylette… Cette île-continent n’arrêtait pas de revenir dans les conversations que j’avais  avec d’autres voyageurs, ils me vendaientcette destination comme magique au même titre que l’Inde par exemple. J’avais aussi beaucoup entendu dire que c’est un pays qui se mérite et qui se livre aux voyageurs au long cours qui prennent le temps de s’y attarder.

Comment prépares-tu tes aventures sur la route ?

Le voyage pour moi ne se prépare pas ou très peu. Un vol sec et l’aventure peut commencer… Il débute vraiment à l’aéroport où le hasard des rencontres et des discussions avec les personnes du « cru » m’apporte en général mille fois plus de renseignements que tous les guides et autres agences de voyage. Tout le long du trip, ce sont en fait les malgaches qui organisent le séjour. Il suffit donc de prévoir un petit sac cabine pour pouvoir être mobile et un peu de bagou pour permettre de voir les vrais richesses du pays (les hommes) et c’est parti ! Sans préparation, on évite ainsi d’être pollué par les esprits supérieurs européens qui dépeignent Madagascar comme un pays sous-développé ou les gens sont sales, ou vous pouvez vous faire égorger à tous les coins de rue ….

Madagascar reste-t- elle une destination accessible pour le voyageur à moto indépendant ?

Madagascar est une île à découvrir pour ceux qui veulent bien s’en donner la peine. Le fait d’avoir du temps devant soi modifie complètement la façon de voyager. A l’arrivée à Tananarive, j’ai pris le temps de m’imprégner du « comment ça marche ici » en discutant avec un maximum de personnes, autant avec les résidents blancs que les autochtones. En arrivant, j’ai  demandé à tout le monde où je pouvais acheter une moto japonaise digne de ce nom et quinze jours plus tard j’avais en ma possession une Honda 230 CRF quasi neuve et qui s’est révélée être la compagne idéale pour ce trip. En effet, la mécanique a été mise à rude épreuve tout le long du parcours, surtout sur le début de l’itinéraire qui fait la part belle aux pistes très cassantes. J’y ai rencontré tous les types de terrains : sable, boue collante et glissante, verglas, saignées, pierriers,  rivières à traverser sur une pirogue, slalom entre les troupeaux de zébus… Il faut aussi jongler avec les pilotes autochtones qui conduisent des véhicules hors d’âge.

Selon toi, quels sont les sites à ne pas rater ?

Des endroits magnifiques comme à Antsirab, ses thermes et sa douceur de vivre. Morondave et son allée des baobabs, ses » tsyngs » et ses plages. Tuléar, sa vie nocturne délurée et ses villages de pêcheurs. La côte Sud sauvage avec des plages désertes. Fort Dauphin qui donne l’impression d’être au bout du monde tellement la piste est difficile pour y arriver. Tamatave et sa vie portuaire…

Et les malgaches, ils sont sympas ?

La population locale est très disparate suivant les régions, elle se divise en ethnies avec des rites propres et des façons de penser différentes. C’est le système à l’africaine, une ethnie domine et les autres subissent. Les malgaches sont très complexes, difficiles à cerner mais aussi extrêmement intelligents. Si vous arrivez avec votre arrogance et votre supériorité supposée d’occidental, vous vous rendrez vite compte et à vos dépends que vous êtes chez eux et que c’est eux qui fixent les règles. Ici c’est clair, nous ne sommes pas dans un pays asiatique!

En revanche, le contact est facile. Il ne faut pas hésiter à échanger avec les malgaches, s’adonner à leurs coutumes diverses et variées, s’immerger dans  leurs « vies » et les laisser rentrer dans la notre. Finalement, ils sont extrêmement curieux de ces « blancs argentés ».

Parmi tous tes périples à Madagascar, gardes-tu en mémoire une rencontre particulière ?

La moto me permet de prendre des gens en stop. Ce qui fut le cas avec cette jeune fille qui rentrait de l’école, située à 15 kms à pied de chez elle. Elle m’a invité dans son village en bord de mer, m’a installé dans un « bungalow les pieds dans l’eau » avec une cuisinière à ma disposition. Le chef du village est venu s’entretenir avec moi en me souhaitant la bienvenue, m’informant des choses qu’il fallait savoir pour m’éviter  les « fadys »(choses interdites). Il m’a  donné son aval pour rester dans le village, le tout dans un français châtié. Les villageois m’ont pris en charge en me faisant participer à la vie locale. J’ai eu l’occasion de faire une promenade en brousse avec les enfants qui m’ont montré avec fierté la faune et la flore, j’ai participé à la pêche et même à la toilette dans la rivière ou tout le monde se lave sans pudeur. Mais le plus cocasse fut ma participation à la messe du dimanche matin, l’orateur était tellement fier qu’un blanc soit présent qu’il m’a demandé de faire un discours devant tout le village…

Et en cas de pépin sur la route, comment ça marche ?

Madagascar est le pays de la débrouille, du système D, il y a toujours quelqu’un pour vous aider dans toutes les circonstances. Une piste inondée ? Pas de problème, les jeunes se proposent pour vous transporter la moto à dos d’hommes. Un problème mécanique ? Chacun vient avec ses outils pour vous aider même en pleine brousse ou vous croyez que vous êtes seul au monde. Mais il y a des limites… Lorsque je me suis fracturé une cheville suite à un accident de moto,  ma conscience m’a dicté de ne pas aller à l’hôpital local et d’attendre le retour en France pour me faire opérer.

Raconte-nous une de tes plus belles expériences…

Ma plus grande expérience a été humaine. Là encore, j’ai pris des gens en stop, un couple de malgaches : madame institutrice, monsieur agriculteur. A trois sur la moto (le malgache est svelte), nous nous sommes rendus dans leur village. J’y ai passé trois jours inoubliables ! J’ai eu l’occasion de partager le quotidien de cette prof et ses élèves de cours élémentaire et les travaux des champs où j’ai essayé humblement d’aider. En contrepartie, j’ai amené le cinéma et la discothèque avec mon PC et j’ai ouvert un compte au bar local afin d’offrir la bière… soirée mémorable !

Sur place, quel accessoire t’est le plus utile ?

L’accessoire le plus utile est ma langue ! Le fait de chercher à communiquer vous ouvre toutes les portes.

Et celui qui ne te sert pas à grand-chose ?

Ma carte bleue.  Avec un minimum d’argent, on peut voyager confortablement à Madagascar.

Pour tous ceux qui ont pour projet de partir rouler à Madagascar, aurais-tu un petit conseil ?

Laissez vos aprioris à la maison et laissez vous porter par les rencontres. N’ayez pas peur de rester seul dans un village perdu. Du moment que le chef vous accepte, tout se passe à merveille. Si vous voulez voyager avec des gens passionnés en moto allez sur www.flashmoto.net ; super bécanes et voyage à la carte sans problème.

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